“Il y a un an on emménageait avec mon mari Antonin et nos trois garçons comme famille responsable de la maison Lazare de Nancy.
On s’engageait à vivre 3 ans avec comme voisins des jeunes et des anciens sans-abri ! Comment on en est arrivés là ?
Avec Antonin on s’est rencontrés à New York puis tout s’est enchaîné : mariage, installation à Paris dans le 15ème, et la naissance de nos trois enfants dans le quartier des poussettes. On avait deux jobs très prenants et beaucoup d’amis.
Très vite, on a eu envie de voir autre chose. On était entourés de gens qui nous ressemblaient : mêmes âges, mêmes problèmes de jeunes parents… On cherchait une cohérence de vie plus forte, grâce à un engagement concret et quotidien.
Et un jour je tombe par hasard sur un post LinkedIn de Lazare : l’association cherchait des responsables de coloc à Lorient, Clermont-Ferrand et… Nancy ! Là où Antonin avait grandi.
Je lui envoie : « T’as pas envie de retourner à Nancy ? »
Je pensais lui faire une blague mais lui était très sérieux.
Quelques semaines et une petite vidéo de candidature plus tard, on a été selectionnés et on s’est laissés embarquer dans l’aventure.
Très vite, on s’est sentis profondément heureux de cette décision. Elle nous alignait avec ce qu’on voulait vivre.
On connaissait déjà un peu le monde de la précarité par les maraudes et hiver solidaire. On avait toujours du mal avec la posture à adopter quand le rapport aidant / aidé est marqué.
A Lazare, le fait de vivre ensemble change tout. En un an, notre regard a changé. On a vraiment l’impression d’être une grande famille !
Un jour, on a demandé à mon fils : « Il y a qui dans ta famille ? » Et il a répondu tout
naturellement : « Madeleine » – une coloc des femmes. Ça nous a fait sourire.
On apprend la simplicité, l’humilité, et on lâche prise. Parce qu’à Lazare, ça ne se passe jamais comme prévu et c’est très bien comme ça.

Par exemple, on avait commencé à tisser et entretenir une belle relation avec Jennifer, une femme qui vit à la rue depuis 30 ans. Elle devait venir vivre à la coloc, mais un jour elle nous a appelés : elle avait signé un bail, une belle victoire !
Mon expérience à Lazare résonne beaucoup avec mon métier de DRH. Ici, on ne parle pas d’embauche ou de licenciement mais dans l’accueil des colocs ou certains départs, il y a des échos.
On n’a aucun regret. On se sent bien, vraiment bien. Alignés »
– Audrey, famille responsable à Nancy.